Robusta

28 mars 2020

Gaspard E range le sachet de robusta dans l'armoire à côté du sachet d'arabica. Il pose sa tasse dans l'évier et se demande ce qu'il va bien pouvoir faire. D'habitude, après le café et une douche, il part pour deux bonnes heures de vadrouille. Ses promenades quotidiennes lui manquent déjà.

Gaspard E, feuilleton, épisode 2.1

Heureusement, les consignes de confinement autorisent une sortie pour activité sportive, seul et dans un périmètre limité. Seul, ça ne change rien. Gaspard se contentera donc de faire le tour du Jardin des Plantes en trottinant. Il enfile sa tenue de sport et ceint son front d'un bandeau rouge – un clin d'oeil à son héros John McEnroe, c'est évident, mais aussi à Rembrandt et Marat (bien qu'à sa connaissance ils ne se soient pas adonnés au jeu de paume), ça l'est moins. Il se jauge dans le miroir sur pied. Ça bien fera l'affaire ce matin.

Son attestation de déplacement dérogatoire et sa carte d'identité glissées dans la poche de sa veste de survêtement, Gaspard doit résoudre une question fondamentale. Dans quel sens tourner?

Le paysage aux trois arbres
Le paysage aux trois arbres
(Rembrandt, 1643, Bibliothèque Nationale de France)

Le temps de se décider, il s'offre une douceur à la boulangerie. Un ou deux croissants? Un – il partirait pour deux tours… Allez, va pour deux – qui valent quatre tours. Gaspard les déguste assis sur le rebord de la fontaine au crocodile. Il répète la devise qu'on ne lit plus depuis belle lurette,

Rerum cognoscere causas,
(heureux qui) apprend à connaître la nature des choses. Et puis, il s'élance doucement – il ne faudrait pas se claquer. Ni claquer.

Au coin de la rue Geoffroy Saint-Hilaire et de la rue Buffon, ça commence à tirer dans le mollet gauche. Il faut penser à autre chose. Mais à quoi?

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