Marilyn

14 mai 2020

Et puis, il lui revient par une voie mystérieuse que Nerval avait jeté son chapeau de soie à l'hippopotame du Jardin des Plantes «comme on jette un bouquet à une danseuse», ça aurait plu à Degas, et qu'il distribuait des épluchures de pommes aux canards, ça aurait plu à Cézanne.

Gaspard E, feuilleton, épisode 1.5

La course à pied c'est drôlement bon aussi quand ça s'arrête, pense un Gaspard pas fâché de réaliser qu'il n'a plus mal au mollet en marchant d'un pas presque léger de la grille du jardin à chez lui, poussant la vertu jusqu'à ne pas céder à l'appel de la boulangerie. Ainsi il est enclin ce matin à penser que Laroche a raison de lui seriner que l'entraînement paie, une devise qu'il ne s'applique pourtant lui-même qu'avec modération. Gaspard en avait douté pas plus tard que la veille, lorsqu'il avait ressenti un froissement au niveau de la hanche. Il faut savoir s'écouter.

Un coup d'œil dans le miroir en passant. Le bandeau rouge s'est mis de travers, les pommettes sont écarlates, le nez rougi. J'espère que mes foulées donnaient le change pense-t-il. Il se verse un verre de jus de pomme puis jette un œil par la fenêtre de la cuisine sur la cour intérieure de l'immeuble. Le rideau de la voisine est tiré. Tant pis.

Marilyn Diptych (détail)

Marilyn Diptych (détail)
(Andy Warhol, 1962, Tate Modern, London)

Gaspard reprend son pouls. Pas mal. Il attrape son cahier rose, salue l'éternelle Marilyn qui orne sa couverture, et consigne les données du jour: date, heure de départ, durée, pouls initial, pouls final, nombre de tours, sens de rotation, météo. Et en note, douleur passagère au mollet, résisté à l'appel des croissants.

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