Arabica

24 mars 2020

Gaspard E range le sachet d'arabica dans l'armoire à côté du sachet de robusta. Il lave sa tasse et se demande ce qu'il va bien pouvoir faire. D'habitude, après le café et une douche, il part pour deux bonnes heures de vadrouille. Ses promenades quotidiennes lui manquent déjà.

Gaspard E, feuilleton, épisode 1.1

Heureusement, les consignes de confinement autorisent une sortie pour activité sportive, seul et dans un périmètre limité. Seul, ça ne change rien. Gaspard se contentera donc de faire le tour du Jardin des Plantes en trottinant. Il enfile sa tenue de sport, un ensemble qu'il a conçu avec soin et goût en toutes circonstances. Impeccable pour fouler le sol poussièreux du Luxembourg et les terrains de tennis en quick où son revers jouissait, jadis, d'une petite célébrité dans le cercle étroit de ses partenaires prompts à reconnaître dans son bandeau rouge un clin d'oeil à son héros John McEnroe, c'est évident, mais aussi à Rembrandt et Marat (bien qu'à sa connaissance ils ne se soient pas adonnés au jeu de paume), ça l'est moins. Il se jauge dans le miroir sur pied. Ça bien fera l'affaire ce matin.

Rembrandt
Autoportrait
(Rembrandt, 1669, National Gallery, London)

Son attestation de déplacement dérogatoire et sa carte d'identité glissées dans la poche de son pantalon de survêtement, Gaspard doit résoudre une question fondamentale. Dans quel sens tourner? Il s'élance doucement – il ne faudrait pas se claquer. Ni claquer. Combien de tours en une heure? Entre cinq et six. Cinq ce serait déjà très bien pour une reprise. Ou alors quatre pour se réserver une plus grande marge de progression.

Au coin de la rue Buffon et de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, ça commence à tirer dans le mollet droit. Il faut penser à autre chose. Mais à quoi?

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